Paradisum : Exprimer la beauté du monde grâce au corps
Du 5 au 8 février, nous accueillons Recirquel Cirque Danse et son metteur en scène Bence Vági qui présenteront leur plus récente création : Paradisum. La pièce a déjà reçu sa part de bonnes critiques depuis sa création en 2024. Nous nous sommes entretenus avec lui afin qu’il nous parle de sa plus récente création et de son processus créatif qui a mené à cette proposition audacieuse.
Le spectacle s’intéresse au mythe de la renaissance et de la régénération. Il faut d’abord le mettre en contexte. Paradisum s’inscrit dans une trilogie avec les deux derniers spectacles de la compagnie hongroise : Amor et IMA. La première proposait de considérer l’amour comme une ressource naturelle, comme quelque chose de très important pour la société. Et que si on comprenait cela et le fait que nous sommes tous interreliés, nous réglerions beaucoup de problèmes. Puis IMA, qui signifie prière, tendait à séparer le spectateur de la réalité physique et terrestre.
Paradisum arrive avec une approche un peu plus pessimiste de l’aveu même de Bence Vági.
Mettre en place un spectacle un élément à la fois
Entre les créations, Bence Vági prend toujours un temps de pause où il s’exile loin de sa vie quotidienne. Avant de créer Paradisum, il est allé se réfugier chez un ami au Costa Rica. C’est à Uvita, dans ce pays de l’Amérique Centrale, qu’il a pris la mesure des efforts que le pays avait faits pour protéger sa nature. Elle est traitée comme un trésor naturel et c’est en contemplant ces forêts luxuriantes que le metteur en scène hongrois a commencé à conceptualiser dans sa tête Paradisum. Il s’est aussi inspiré du photographe brésilien Sebastião Salgado qui a commencé sa carrière comme photojournaliste, croquant des injustices et des peuples dans les moments les plus difficiles comme le génocide au Rwanda, et qui a choisi par la suite de s’intéresser à la nature pour mettre en relief sa beauté incroyable.
Dans son processus de création, Bence Vági produit des croquis d’images qui l’inspirent et crée une trame dramaturgique pour guider la création. Pour Paradisum, il a travaillé pendant deux ans avec son équipe de création. C’est d’abord avec les concepteurs qu’il fait beaucoup de travail. « Ici, pour Paradisum, notre créatrice de costumes Emese Kasza a conçu ce matériau de 13 mètres par 13 mètres, une sorte de plastique brûlé puis tissé, transformé en une véritable installation artistique. Et cette installation est équipée de 13 mini-treuils qui manipulent la matière dans les airs. J’avais quelques dessins, des images que j’aimais beaucoup, mais évidemment, lorsque votre tissu se retrouve soudain percé de millions de trous et devient une sorte de dentelle — une dentelle moderne, plastique — vous pouvez créer n’importe quelle forme sur scène. On peut même voir la transformation du tissu en direct, et bien sûr, les images que vous aviez en tête deviennent des rêves encore plus vivants que vos dessins. Même lorsque nous créons des visuels dans la compagnie, nous aimons vraiment faire évoluer les choses. Donc, quand vous regardez le tissu de Paradisum, encore une fois, il s’inscrit dans une longue évolution au sein de la compagnie. Dans notre production IMA, par exemple, ce tissu était simplement tendu autour du public, percé de millions de trous, et des lumières en mouvement créaient des faisceaux qui pénétraient dans l’espace où le public était assis. » Le metteur en scène insiste d’ailleurs sur l’importance de la lumière dans ses créations et le talent des gens qui travaillent avec lui.
Exigence et luxe
Dans les quatre derniers mois, il a invité les interprètes à se mêler de la création. C’est alors que le choc entre les idées et la réalité a eu lieu. Bence Vági explique que l’approche novatrice de Recirquel Cirque Danse est très exigeante pour les interprètes de la compagnie. Bien sûr, voici une traduction précise, naturelle et cohérente du passage : « Ces artistes évoluent avec la compagnie : ils étudient, nous leur offrons des ateliers, et ils reçoivent une formation approfondie en danse et en arts du cirque. C’est ainsi qu’est née cette forme hybride de langage théâtral, que l’on qualifie de Cirque Danse, et qui, dans le monde, est désormais associée au style Recirquel. Pour nous, c’est bien davantage une démarche pédagogique qu’une question de style. Pour nous, cela représente un travail considérable : maintenir en permanence un développement au sein de la compagnie, fixer des objectifs… et c’est très exigeant pour les artistes, car ils doivent apprendre des choses qui ne sont pas directement liées à leur discipline d’origine. […] Cette méthode permet vraiment de s’exprimer de manière beaucoup plus abstraite. Parce que parfois, le cirque peut être un peu limitant en raison de ses techniques, alors que la danse offre une liberté bien plus grande pour s’exprimer de façon abstraite. »
Pour découvrir cette proposition novatrice, rendez-vous à la TOHU du 5 au 8 février où Recirquel Cirque Danse présentera Paradisum.